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Ikea : les Marocains ne sont pas près de monter leur bibliothèque Billy
2015-10-09 23:00:22 - Economie


A quelques mètres de l’autoroute urbaine qui traverse Casablanca, le premier Ikea marocain (et le deuxième d’Afrique, après l’Egypte) devait ouvrir ses portes le 29 septembre dans la banlieue de Zenata. Une sortie d’autoroute avait même été aménagée spécialement. Mais l’événement n’a pas eu lieu. La justice marocaine a tranché la veille du jour J : le projet « ne dispose pas de certificat de conformité ».

Personne n’est dupe : la décision est surtout politique. Le gouvernement suédois s’apprête en effet à reconnaître la République arabe sahraouie démocratique (RASD), considérée par Rabat comme un « Etat fictif », sans territoire et sans légitimité internationale. Administré par le Maroc depuis 1975, ce territoire est revendiqué par le FrontPour la majorité des observateurs, le lien entre ce magasin et le gouvernement suédois est difficile à établir. « Il s’agit de l’implantation d’une franchise, obtenue par un fonds d’investissement koweïtien [e groupe Al-Homaizi, par l’intermédiaire de sa filiale SYH Morocco] et qui n’a rien à voir avec le gouvernement suédois, explique l’économiste Fouad Abdelmoumni. Qu’est-ce que le Maroc veut boycotter ? Les entreprises ? La maison mère ? Les filiales ? Les franchises ? Les revendeurs ? » Viser le « Maroc utile » Selon les chiffres officiels, les échanges commerciaux entre les deux pays restent très limités : seules 0,03 % des importations suédoises proviennent du Maroc, alors que 0,33 % des exportations suédoises vont au Maroc, principalement des semi-remorques. En s’installant aux portes de Casablanca, le cœur de l’économie marocaine, et à quarante minutes des quartiers cossus de Rabat (Hay Ryad, Souissi et Bir-Kassem notamment), Ikea vise les classes moyennes et supérieures de ce qu’on appelle « l’axe Rabat-Casa[blanca] », en d’autres termes le « Maroc utile » du maréchal Lyautey. A l’instigation des autorités, quelques milliers de personnes ont manifesté dimanche 4 octobre devant l’ambassade de Suède à Rabat, et une délégation de chefs de partis a été dépêchée par le palais marocain à Stockholm pour convaincre le gouvernement suédois de renoncer au projet. Mais c’est le statut quo qui prévaut pour l’instant. En attendant le déblocage de la situation, les Marocains qui le peuvent doivent encore se déplacer en Espagne ou en France pour s’approvisionner en produits Ikea. Un canapé « Stockholm » à 2 995 dirhams L’arrivée d’Ikea a été anticipée par le leader marocain actuel du meuble en kit, le groupe Kitea. Lancé en 1993, ce dernier dispose de 22 magasins, dont six importants, dans 17 villes et une forte présence sur l’axe Rabat-Casa. Pour faire face au nouvel arrivant, Kitea a installé de nouveaux points de vente, notamment à Fès et Meknès, dans le centre du pays. « L’objectif est de diversifier notre clientèle en touchant également les classes moins aisées, et les gens éloignés de Rabat et de Casablanca », explique un responsable de Kitea qui préfère garder l’anonymat. Est-ce un clin d’œil ? Kitea propose un canapé « Stockholm » à 2 995 dirhams. Le reste du marché du meuble est tenu par de petites structures, formées essentiellement de boutiques appartenant à des artisans qui entretiennent des rapports de proximité avec leurs clients. Ils se retrouvent aussi bien dans les grandes que les petites villes et adaptent « le coût du produit au portefeuille du client », précise Ahmed, un artisan de la médina de Rabat. Assis en tailleur dans une boutique qu’il dit avoir hérité de son père, Ahmed, la cinquantaine, est absorbé par la confection d’un vieux meuble en bois. « Il y a deux types de clients, ajoute-t-il. Les plus aisés préfèrent les objets raffinés, avec une forte touche artisanale et traditionnelle. Les autres sont de petits fonctionnaires de l’Etat ou des salariés dans des petites entreprises. Ils cherchent ce qui est moins cher et plus pratique. » A la question « Etes vous au courant de l’implantation d’Ikea au Maroc ? », il répond : « Ikea ? C’est quoi ça ? » src: lemonde.fr Omar Brouksy Contributeur Le Monde Afrique, Rabat


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